Se meubler durable : les meubles de "seconde main"

10.15.2018

Fraîchement arrivés dans notre nouvel appartement, nous sommes subjugués par la place dont on dispose désormais. Nous venons de quitter Paris et il y a tant à faire pour mettre ces trois grandes pièces à notre goût. J’ai vraiment été tenté de me rendre dans le premier magasin de meubles afin d’assouvir mon désir de velours, de moelleux et de bleu nuit comme me l’incitait le dernier E*** D***. Et puis en faisant quelques recherches, je me suis rendu compte que mon velours était constitué à 100 % de polyester, que le moelleux était lui aussi fait à base de mousse polyuréthane et qu’enfin ce bleu si séduisant avait sans doute fait souffrir un famille en Inde ou je ne sais où… et pour couronner le tout, les entreprises ne réparent ni ne reprennent leur pièce pour les "recycler". Bref du déchet-gaspillage en puissance. Horreur et scandale.

 

Je n’ai aucune envie d’acheter des meubles neufs dont je ne maîtrise ni le début, ni la fin de vie, qui sont produits dans des conditions atroces et qui viendront s’accumuler à ce désastre écologique. D’aucuns diront que je suis difficile mais est-ce vraiment aberrant de ne pas vouloir participer à cette immense mauvaise blague ? Qui est le plus fou ? Celui qui pose les questions ou celui qui n’en pose pas ?

 

 

Quelques jours plus tard, je me suis demandée si ça avait vraiment de l’importance d’avoir ces choses ? (Cf. mon dernier article sur la question du superflu). Qu’est-ce que ça m’apporte de plus ? Après des heures de réflexion, la réponse est devenue limpide. Oui, ça m’importe d’avoir un canapé qui me plaît ou un bon matelas pour dormir. Ce n'est pas un caprice et il n'y a rien de superficiel à vouloir quelque chose qui nous correspond vraiment. En revanche, c'est ce système qui ne convient pas et ainsi mes critères ont totalement changés. Condition de fabrication, matériaux, durabilité, fin de vie, voici ce qui importe finalement. 

 

Pour un certain nombre de meubles, nous nous sommes donc tournés vers de la seconde main, des brocantes. On peut facilement y trouver des pièces intéressantes comme des fauteuils ou des canapés. C’est une des solutions qui nous semble être la plus écologique.

 

Analyse :

 

1. Un fauteuil vintage rénové : 

 

Acheter un fauteuil dans une brocante (bois + textile) admettons 50€

+

Le faire rénover par un tapissier local avec des matériaux durables (ressorts en métal, fibres végétales, toiles en jute, textile naturel comme le lin) selon les devis que j'ai pu trouvé ± 250€ (petite réserve pour les prix parisiens, plus élevés). Il existe aussi des ateliers pour apprendre à le faire soi-même (ce qui est à mon sens +++ génial).

 

Ce fauteuil à 300€ aura beaucoup de valeur pour nous et peu d’impact sur l’environnement (puisque réutilisation de ressources qui existent déjà, ajout de matériaux réutilisables, recyclables ou compostables + soutien à un artisan local). D'ailleurs, il sera également réparable par ce même artisan en cas de besoin.

 

 

Il aura beaucoup de valeur parce qu'on aura attendu d'en trouver un qui nous plait vraiment, 

parce qu'on l'aura trouvé par hasard (= impatience/envie/coup de cœur) 

parce qu'on aura réfléchi à sa rénovation (type, couleur, matériaux, etc = projection)

parce qu'on aura fait la démarche de rencontrer un tapissier, d'échanger avec lui (ou bien de s'inscrire à un cours pour obtenir de nouvelles compétences) (= contacts humains, nouveaux points de vu, enrichissement mutuel) 

parce qu'on aura finalement attendu/préparé son "arrivé".  

 

C'est pour toutes ces raisons que ce fauteuil (surtout si c'est le seul qu'on possède) sera plus cher à nos yeux qu'un achat lambda effectué dans un magasin de meubles. Ce dernier aura une histoire et notre attachement à lui sera très particulier. Enfin, sa vie est forcément déjà plus longue qu'un achat neuf dans le commerce.   

 

 2. Un fauteuil suédois : 

 

En revanche, si nous choisissons d’aller chez un grand distributeur pour avoir ce fauteuil tout de suite. On déboursera peut-être mois de 300€. Cependant, toutes les étapes de fabrication seront "effacées". Elles seront masquées par l'accumulation des produits présentés les uns à côté des autres. Notre désir de confort et notre sensibilité esthétique vont être titillés parce qu'on pourra facilement se projeter nous dans ce fauteuil dans notre intérieur. C'est une satisfaction quasi immédiate.

 

D'ailleurs, ce plaisir direct peut être accru si le produit en question n'est pas à un prix très élevé ou s'il est en promotion. En tant que consommateur, on y est très sensible. C'est comme si on gagnait quelque chose. Ces sentiments là sont tellement forts qu'on peut facilement et complètement oublier tout ce que ce produit implique : 

 

 

 

 

D’où vient-il ? (Le tissus notamment) Cela n'est pas vraiment précisé. Le géant suédois , comme beaucoup d'autres revendeurs) ne communique pas sur la traçabilité de tous les matériaux. (Seul le bois fait l'objet d'une charte et d'une attention portée à l'utilisation de cette ressource par leurs partenaires. Cela reste une charte rédigée en interne et pas par un organisme indépendant. Ils semblent sensibles au développement d'un circuit durable mais ce serait intéressant d'étudier la question plus en profondeur...) On peut supposer que le bilan carbone reste assez lourd même s'ils s'engagent pour trouver des solutions pour réduire leur impact (cf page 2 de ce même texte).

 

Quelles conditions de fabrication ? Quels matériaux ? Quelle coloration textile ? Egalement assez obscure même s'ils communiquent sur leur engagement en faveur des conventions internationales en matière de traitement équitable des travailleurs (cf. leur charte IWAY)​. Ils ne se fourniraient pas dans des régions touchées par de graves conflits sociaux, lutteraient avec l'Unicef contre le travail des enfants en Inde et au Pakistan, etc. Pour le géant suédois, cela fait parti de sa communication, qu'en est-il du terrain et qu'en est-il des autres grands magasins de meubles ? 

 

Quelle durabilité ? Dans le cas d'un fauteuil ou d'un canapé trois grands éléments les composent (suspension, le garnissage et le revêtement). Pour ce qui est du garnissage, les mousses polyuréthane sont quasiment systématiques car elles ont cet avantage d'être relativement légères malgré une forte densité et elles ne sont pas très "coûteuses" pour le fabricant.  Cependant, elles ne se réparent pas. Elles s'affaissent sous notre poids et finalement se creusent. On préfère ainsi s’en débarrasser au bout de 3-5-10 ans d’autant que la mode a elle-aussi changé. On ne prend plus ni le soin, ni le temps de faire réparer ses objets. L'argument avancé est souvent celui-ci : 

 

Si faire réparer mon objet s'avère plus cher que d'en racheter un neuf, alors pourquoi se priver?

 

 

Quelle fin de vie une fois sorti de chez nous ? Il deviendra un encombrant et ou un DEA (déchet d’élément d’ameublement) si déposé dans une déchetterie en partenariat avec Eco-mobilier. S’il a de la chance, il sera ainsi démantelé :

- Le bois sera broyé et mélangé à de la colle pour refaire un autre meuble.

- La mousse sera utilisée pour faire des panneaux isolants…

En soi, oui c’est une démarche de réutilisation des ressources mais encore faut-il que ce meuble intègre ce circuit, ce qui n’est pas toujours le cas et alors cela ne règle pas le problème du coût environnemental pour chaque nouveau produit (utilisation de matières premières) et leurs transformations (sur le plan énergétique). 

 

 

Engagement et choix éclairés

 

Voici pourquoi nous tournons le plus possible vers la première solution. 

 

Ici mon exemple confronte deux sommes à peu prêt équivalentes (300€). Il existe aussi des déséquilibres qui ne sont pas en faveur de "l'éco-responsable". Il faut peser le pour et le contre, mais surtout prendre du recul et garder en tête que chaque achat est un vote. Même s'il semble ne concerner que nous et notre porte-monnaie, il implique beaucoup ! On lance/ confirme une demande, une tendance qui soutien des démarches plus durables. Cette facilité avec laquelle on peut avoir accès à tant de produits ne doit pas nous empêcher de raisonner et de garder un minimum de bon sens.  

 

Et malgré tout, on en revient toujours à cette question : pour quel monde souhaite-t-on s'engager ? A nous de choisir et de favoriser l'émergence de ces demandes. L'argument du "rentable" ne vaut que sur le court terme et ne prend en compte que notre propre personne et notre propre confort immédiat. 

 

Evidemment, il est nécessaire d'être mesuré, mais je crois surtout à l'importance d'être éclairé. Savoir vraiment les raisons et les conséquences des choix que l'on fait me semble primordiale. Peu importe si le modèle qu'on nous propose aujourd'hui semble mettre en valeur le "jetable", il ne tient qu'à nous seul de le soutenir ou de s'en détourner pour choisir des solutions plus durables et pas si hors de prix si on cherche bien... 

 

 

Choisir des pièces intemporelles 

 

Des meubles de seconde main, il y en a à la pelle. Le plus difficile est de sélectionner la pièce qui sera la plus à même de durer dans le temps, tout en nous faisant plaisir :

- Repérez les matériaux de qualité qui pourront facilement s'entretenir (vrai bois, le cuir également, le lin etc.) et qui continueront à prendre de la patine avec le temps

- Préférez les tons relativement neutres et qui s'accorderont avec tout. Attention au trop clair qui peut rapidement subir des tâches (ou jaunir), et au trop foncé qui peut à l'inverse se décolorer. 

- Choisissez des pièces plutôt simples pas trop lourdes ou encombrantes dont vous ne vous lasserez pas en terme de formes, mais qui seront aussi assez facilement réparables chez un menuisier ou chez un tapissier.

 

 

 

Mes adresses pour des meubles de seconde main : 

 

- Le bon coin (mon n°1 parce qu'il a aussi l'avantage de mettre en relation offre et demande sur un territoire donné et donc pas d’intermédiaire)

- Troc.com (dépôt-vente, souvent avec des pièces de belle qualité et pas forcément très anciennes) 

- Emmaüs (pour des pièces un peu plus vintage mais avec des tarifs très intéressants) 

- les brocantes locales (même si c'est un peu décevant lorsqu'on ne trouve pas son bonheur) 

 

 

- Selency, brocante en ligne (revendeur en ligne de meubles vintages, les prix sont forcément +++ mais il y a du choix...) 

- Brockeur (revendeur en ligne également, basé à Dijon, garantie de restauration tip top !) 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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